10. F. Charles-A. Bergeron ( F. Lucien Gérard )

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Frère Charles-Auguste Bergeron (Frère Lucien Gérard)

Né le 15 août 1921 à Saint-Tite (Champlain)  Québec

Première profession le15 aout 1936

Décédé le 19 juillet 2002 à l’Infirmerie Val-des-Rapides (Montréal) Québec

Inhumé au cimetière «Les Jardins Urgel Bourgie» (Laval) Québec.

 

Église de Saint-Tite

Église de Saint-Tite

Notre Frère Charles-Auguste Bergeron nous a quittés le 19 juillet 2002. Il était né à Saint-Tite, le jour de l’Assomption, 15 août 1921, d’Émile Bergeron, journalier, et de Juliana Pronovost, décédés respectivement en 1949 et 1964. La famille devait compter 2 filles et 8 garçons. Il voua toute sa vie une profonde affection à cette famille fortement unie et profondément croyante.

   D’ailleurs, la famille Bergeron savait de qui tenir. En 1682, leur ancêtre, André, était venu de Saint-Saturnin-des-Bois, au diocèse de La Rochelle, s’établir à Saint-Nicolas, à une vingtaine de milles de Québec, avec une famille qui comptait déjà cinq enfants. Au cours des ans, il avait agrandi son patrimoine par de nouvelles acquisitions, preuve de son inlassable ténacité et de son sens des affaires. Il contribua, pour sa part, affirment les archives du diocèse, « à l’implantation du fait religieux et français en Nouvelle-France ».

   Les premières années d’études de Charles-Auguste se firent à l’école de Saint-Tite, dirigée par les Frères de Saint-Gabriel de 1898 à 1975. Quand sa famille vint s’établir à Montréal, il fréquenta l’école de Viauville, tenue par les Frères des Écoles Chrétiennes.

Oratoire Saint-Joseph

Oratoire de Saint-Joseph du Mont-Royal

   Dans sa quinzième année, il sentit appelé à s’orienter soit vers la vie religieuse, soit vers le sacerdoce. Il se rendit en pèlerinage à l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal et, le 23 juillet 1935, il entrait au postulat des Frères de Saint-Gabriel, rue Taché, à Montréal. Il suivait ainsi le même chemin que son frère Arthur, de neuf ans son aîné.

   Comme le stipulait la règle d’alors, le Maître des novices demanda des lettres testimoniales des diocèses où Charles-Auguste avait vécu. Mgr Alfred Comtois, évêque de Trois-Rivières, dont dépendait Saint-Tite, de même que Mgr Georges Gauthier, coadjuteur du diocèse de Montréal, s’empressèrent de remettre des réponses des plus élogieuses du requérant, «appartenant à une excellente famille, ayant reçu une bonne éducation catholique, aux mœurs intègres et tout à fait admissibles dans une communauté religieuse. »

   Six mois plus tard, Charles-Auguste est admis au noviciat, et l’année suivante, il prononce ses premiers vœux qu’il renouvellera pour la vie six ans plus tard. À la suite de deux ans d’École Normale, il se sent prêt à exercer, auprès des jeunes, l’apostolat dont il avait rêvé. Cependant, après sa première année d’enseignement à Saint-Romuald, il reviendra aux études pour une autre année.

   Les vingt années suivantes le voient en maintes écoles : Alfred-Richard (1942 à 1943), L’Ophelinat Saint-Arsène (1943 à 1945), Sainte-Thérèse (1945 à 1948), Sainte-Anne-des-Plaines (1948 à 1949), Saint-Stanislas (1949 à 1951), Sainte-Thérèse (1951 à 1956), Christophe-Colomb (1956 à 1963).

   Il sait fort bien occuper les loisirs des fins de semaine et des vacances estivales pour poursuivre ses études. Il obtient ainsi le Brevet supérieur du Ministère de l’Éducation et le Baccalauréat en Sciences biologiques et chimiques de l’Université de Montréal. Il y ajoute des cours et examens de biologie marine ; il répond même à une invitation de ses collègues et se voit octroyer le Troisième Degré des Chevaliers de Colomb.

   En 1963, il passe quelques mois à Rome pour une période de ressourcement spirituel et gabriéliste. À son retour, il est nommé directeur adjoint à Christophe-Colomb, puis à Sainte-Thérèse.

  Bergeron.Ch-A2 Mais Charles-Auguste est un professeur né qui ne trouve sa véritable destinée que dans une salle de classe et un laboratoire. Aussi passe-t-il les 14 années suivantes à Sainte-Thérèse comme professeur de chimie. Charles-Auguste est l’un de ces enseignants de carrière qui ne vivent que pour former, instruire et aider. Il vise l’excellence à tous points de vue : vertu, études, sports, enseignement. Il ne ménage rien pur faire réussir ses élèves et les voir atteindre les premiers rangs, tant dans son école qu’à l’échelle provinciale, lors des examens publics.

   De plus, le charisme de la relation humaine était évident chez lui; dans son milieu social, il formait facilement des cercles parmi les professeurs, et surtout chez les élèves. Cette relation était, de sa part, le fruit de beaucoup d’attention aux personnes. Au début de l’année scolaire, les élèves se disputaient le privilège de l’avoir pour professeur de sciences et guide de labo.

   Non qu’il fût complaisant ; au contraire, il a toujours été d’une exigence extrême quant au rendement des élèves. Il attendait d’eux le sens de l’ordre, de la propreté, de la discipline et du travail bien fait. Ce qui caractérise Charles-Auguste professeur, c’est sa compétence, sa passion pour l’enseignement, son amour pour ses élèves et sa détermination pour leur réussite. Vers la fin de son stage de professeur à Sainte-Thérèse, des manuels.américains offraient une présentation nouvelle et très pratique de l’initiation des jeunes aux théories modernes de la chimie. Charles-Auguste faisait traduire en français les chapitres qui lui semblaient particulièrement intéressants, et en partageait les photocopies avec ses collègues enseignants.

   Bergeron Ch-A.3D’autre part, il était un organisateur et un animateur dans l’âme. Aussi s’intéressait-il à la formation humaine et chrétienne des jeunes, par son implication comme animateur dans différents mouvements alors en vogue : Enfants de chœur, Cercle de Jeunes naturalistes, Croisade eucharistique, Camp de Jeunes. Les adultes eux-mêmes réclamaient son dévouement et son savoir-faire : «Marriage Encounter », Cursillos, Lumière et Foi…Les cercles d’assistance aux handicapés recouraient volontiers à sa compétence et à son expérience.

Il prit également en charge l’entretien d’un petit chalet dont les Frères disposaient à l’Ile Ducharme sur la rivière des Mille-Îles. Il était fier de partager les avantages de ce lieu de repos estival avec les membres de sa famille et avec les confrères des fraternités voisines.

Il avait un profond sens communautaire et religieux, un grand amour pour Saint-Gabriel, et déployait un zèle débordant en faveur des défavorisés et des handicapés, les élus de son cœur.

Mais soudain, cette brillante carrière de dévouement au service de dieu dans le milieu scolaire s’arrête brusquement. Au printemps de 1979, un infarctus provoque chez lui une grave paralysie et une profonde amnésie. Commence alors pour lui une dure période de lutte pour récupérer ses moyens. Grâce à son Frère Arthur, il réapprend à marcher, à parler et à écrire. Il lui est particulièrement pénible de ne plus pouvoir aider et soutenir les handicapés, les malades et les mourants.

Cependant, il leur consacrera toujours une place prioritaire dans ses prières quotidiennes et offrira ses souffrances à Dieu en lieu et place de ses activités antérieures.

En 1982, il est admis, comme premier malade, à la toute nouvelle infirmerie interprovinciale ouverte chez les Soeurs du Bon-Pasteur à Laval. Il s’y résigne peu à peu à une semi-activité. Il se spécialise dans le classement des timbres-postes, dont les profits iront aux missions lointaines. Les jours de grisaille et les jours ensoleillés se succèdent. Mais toujours, il poursuit le combat pour assumer son épreuve de santé, même s’il sait fort bien que la victoire contre un mal au cours irrémissible ne saurait lui être acquise ici-bas. Dans son fauteuil motorisé, il circule dans les larges couloirs de l’infirmerie, visite et réconforte les autres patients et leur rend tous les services en son pouvoir. Il accueille ses nombreux visiteurs avec le sourire et s’efforce de répandre la bonne humeur. Il se montre chaudement reconnaissant aux infirmières et aux préposés qui lui prodiguent leurs soins.

Bergeron.Ch-A4Il a consigné lui-même les craintes, voire les angoisses qui le hantent à certains jours, comme aussi la résignation, les prières qu’il adresse à Dieu et à Marie aux heures où il se sent envahi par la dépression ; il le fait avec foi, une confiance, un amour qu’il garde tout de même vivants et efficaces. Les dizaines et les dizaines de milliers de mots qu’il a ainsi enfilés d’une écriture serrée et nerveuse au recto et au verso d’une douzaine d’épais cahiers, ont épelé au jour le jour les sentiments qui se sont succédé en lui pendant un quart de siècle. Ne citons que ces quelques phrases que nous livre, au hasard, un coup d’œil très superficiel : « Jésus, puisque tu es avec moi dans ma détresse, j’espère me tenir debout libère-moi par ton sang versé sur la croix et sur l’autel. Ouvre mes lèvres pour que je puisse te chanter. Je sais que tu es bon, que ton amour, que ta fidélité demeure pour toujours ! Donne-moi un peu de ta divine patience devant la lourdeur de la vie. Je porte ma croix en silence. Aide-moi à la porter avec foi. Je t’offre, Seigneur toutes mes souffrances de ce jour par les mains de Marie. Je te fais plus que jamais confiance, Seigneur Jésus. Je te remercie pour les bons Samaritains qui m’aident à porter cette croix avec générosité et amour. Rends-leur la reconnaissance que je leur dois en les comblant de tes bénédictions et en les gardant toujours en bonne santé.

Lorsque sa vue baisse et ne lui permet plus de parcourir les couloirs et même de lire, il écoute les douzaines de cassettes de musique, de conférences et de récitation du rosaire qu’il a accumulées au cours de ses deux décennies de réclusion. Quand l’Infirmerie Val-des-Rapides est près de fermer ses portes, Charles-Auguste est transféré à la maison pour personnes retraitées Val-des-Arbres, puis à l’Infirmerie des Frères des Écoles Chrétiennes, à Sainte-Dorothée, et finalement à la Maison Saint-Nicolas, d’où il nous quitte pour le royaume de l’éternelle sérénité, au début de la soirée du 19 juillet 2002.

Lors des funérailles, l’homéliste, le Frère Gilles Lindsay, a souligné que « c’est dans l’épreuve que le fond de l’homme transparaît davantage. Charles-Auguste, au printemps 1979, devait être appelé à entrer dans un mystère bien particulier`celui de la maladie, de la souffrance. Il venait d’être appelé à vivre le mystère de la semence mise en terre qui lentement doit mourir pour porter ses fruits.

   Lui qui avait passé sa vie à enseigner, devait tout réapprendre. On n’évalue pas facilement ce qu’exige pareille épreuve ; on évalue mal l’exigence d’un pareil creuset purificateur… suivre Jésus jusqu’au bout. Au plan spirituel, Charles-Auguste sera appelé à occuper pendant près de 25 ans cette place laissée libre à l’endos de la croix, place que peu de disciples de Jésus sont appelés à occuper.

   Avec force et courage, avec un grand esprit de foi et d’espérance, il entre dans l’exercice d’un nouveau ministère dans lequel le souci de l’autre continue à le façonner. Son empressement à aider les plus mal pris qu’il côtoie journellement, sa sympathie, son empathie, son sens de la reconnaissance pour ceux qui s’occupent de lui, sa qualité de présence et son sens de la consolation achèvent de le transfigurer.

   BergeronCh-A1Charles-Auguste, le jardin secret qui était le tien est maintenant grand ouvert à la présence de ton Dieu, dans le mystère de la mort. Tu sais maintenant que celui qui aime a déjà franchi la mort, qu’une éternité d’amour s’ouvre pour ceux qui ont fait fleurir ici-bas mille petits gestes d’amour, de compassion, d’attention pour les autres. Tu sais maintenant avec certitude, sans les doutes qui nous habitent, que Dieu, notre Dieu, le Dieu qui nous a été révélé par Jésus, s’est considéré comme personnellement atteint, servi, aidé dans tous ceux et celles qu’a rejoints ton travail professionnel, mais aussi ta présence de malade au ras du quotidien.» Et le Dieu de toute tendresse te le revaudra !    

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1993.- Après un souper de fête de g. à d. FF. Émilien Couture, Charles-Auguste Bergeron, Gaston Pharand, Alphonse Perras, André Forget, Lionel Gaumond

Grd Novices.1963

Grands novices de 1963. Frère Charles-Auguste (de g. à d.)1ère rangée , 6e

  

Personnel de 1952-53 - Sainte-Thérèse Assis: F.F. Vitalis, Melchior, Eusèbe, Josaphat, Frédéric, Paul-d'Arezzo, Luc Debout: F.F. Théophane, Régis-Gabriel, Louis-Gustave, Roch, Paul-François, Gabriel-Eugène, Étienne, Jean-Louis, Berchmans-Jos. Lucien-Gérard Sylvère.

Personnel de 1952-53 – Sainte-Thérèse
Assis: F.F. Vitalis, Melchior, Eusèbe, Josaphat, Frédéric, Paul-d’Arezzo, Luc
Debout: F.F. Théophane, Régis-Gabriel, Louis-Gustave, Roch, Paul-François, Gabriel-Eugène, Étienne, Jean-Louis, Berchmans-Jos., Lucien-Gérard (Charles-Auguste Bergeron), Sylvère.

SUIVANT: no 11                                                                                      PRÉCÉDENT: no 9

 

 

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