09. F. Gabriel Bastien ( F. Philippe-de-Jésus )

Bastien_Gabriel

6-juin-2013-8

Frère Gabriel Bastien (Frère Philippe-de-Jésus)

Né le 23 octobre 1908 à Sainte-Rose (Laval) Québec

Première profession le 16 août 1925

Décédé le 29 avril 2002 à l’infirmerie Val-des-Rapides (Montréal) Québec

Inhumé au cimetière «Les Jardins Urgel Bourgie» (Laval) Québec.0

 

Église Ste-Rose -de-Lima, Laval

Église Ste-Rose -de-Lima, Laval

« J’évoque la foi sans détour qui est en toi » (2 Tim I,5).

   Notre confrère Joseph Rosario Gabriel Bastien a franchi le seuil de la demeure où se vit le face-à-face éternel, le 29 avril 2002. Il avait vu le jour le 23 octobre 1908, à Sainte-Rose de Laval. Sixième enfant d’une famille qui devait compter 4 filles et 8 garçons, héritiers d’Émile Bastien, cultivateur, puis menuisier lors de sa retraite, décédé en 1954, et de Clothilde Charbonneau, qui quitta ce monde en 1958.

   Gabriel était fier de son père «un homme bon, affable, excellent causeur et fervent chrétien. » Sa mère était Dame de Sainte-Anne, du Tiers-Ordre de Saint-François, de l’Association dite de la Bonne Mort. Elle avait une dévotion spéciale à Saint-Joseph et faisait de fréquents pèlerinages à son Oratoire du Mont-Royal. Elle était « dévouée jusqu’à épuisement, avait un respect extraordinaire du prêtre et de tout ce qui concernait l’Église. Ses vertus, ses exemples, sa piété ardente et constante me la faisaient estimer et aimer tendrement. Elle mourut subitement, assise au salon, en récitant son chapelet. Je la considère comme une sainte. » Sous la direction de tels parents, la famille grandit dans la joie, le labeur, la sérénité et l’amour du Seigneur.

   Gabriel fréquenta l‘école du rang jusqu’à la fin de la sixième année. Pendant cette période, il reçut la première communion à six ans et fut confirmé à 10 ans par l’archevêque de Montréal. Formé dans une pieuse famille et une excellente école, il était dès lors très recueilli dans ses prières et avait un vif sentiment de la présence divine dans sa vie.

   Il garda toute sa vie un vif souvenir de deux de ses institutrices à l’école du rang. Elles l’ont marqué « par leur dévouement, leur distinction, leur application à bien former la jeunesse. Leur sens chrétien et leur zèle donnaient à leur enseignement de la religion une chaleur et un entrain qui exerçaient une profonde influence sur la gent écolière déjà ouverte à la vie spirituelle de leur âge».

   Quand, à quatorze ans, Gabriel, qui n’avait fréquenté que l’école rurale, exprima à ses parents son désir de devenir Frère de Saint-Gabriel – comme ceux qui tenaient l’école du village et qu’il connaissait que pour les avoir vus de temps à autre à l’église et en des contacts tout à fait occasionnels -, son père et sa mère en furent très heureux et l’encouragèrent dans son dessein. La séparation ne pouvait être que pénible. On n’a qu’à songer que, entré au juvénat du Sault-au-Récollet en août 1923, à quelques milles de la maison natale, il ne devait revenir parmi sa parenté, pour 5 brèves journées, qu’en juillet 1932. Telle était alors la norme provinciale gabriéliste, sauf évidemment les visites que les Frères étaient autorisés à recevoir de temps à autre.

   Dès les premières semaines, Gabriel est surpris et charmé par la régularité, les exercices spirituels et la calme discipline des classes. Habitué à une classe unique à 7 divisions, tout d’abord timide et craintif, il est enchanté par cette vie de famille qui règne parmi les jeunes. « Guère doué pour les sports malgré ma taille et ma vigueur, j’essaie de m’y prêter de mon mieux.» Cinq mois du juvénat, six mois de postulat et un an de noviciat sous le nom de frère Philippe-de-Jésus le mènent à la première profession, le 16 août 1925. D’ailleurs sont déjà parvenues au Maître des Novices, les Lettres testimoniales du diocèse de Montréal, attestant que « Joseph Rosario Gabriel Bastien, qui a longtemps vécu à Sainte-Rose s’est toujours comporté honnêtement et n’a encouru aucune censure ecclésiastique.» En conséquence, aucun empêchement canonique ne s’oppose à son admission dans un institut religieux. Il prendra l’engagement définitif à Saint-Bruno, à la fin d’une retraite annuelle, le 23 juillet 1931. Gabriel gardera un merveilleux souvenir de ses années de formation. Il se souviendra avec reconnaissance des supérieurs et des professeurs qu’il a connus et admirés, entre autres, les Frères Cécilius, Benoît-d’Aniane, Paul-de-la-Croix, qui l’ont particulièrement marqué.

  Bastien.voeux3 Constatation étrange : il ne fait que cinq mois de scolasticat ; c’est qu’en janvier 1926, les trois nouveaux profès reçoivent leur obédience à trois postes différents et le scolasticat ne revivra qu’à la profession suivante, le 2 février 1926. En dépit de ce trop bref apprentissage, Gabriel aura de nombreuses années pour s’entraîner à la formation des bambins puis des jeunes, et grâce à sa docilité à toutes les directions que de bons pédagogues veulent bien lui donner, il prend un vif plaisir à cette tâche délicate, de sorte qu’il sera 47 ans sans interruption en charge d’une classe, soit de 1926 à 1973, don 22 ans dans la région de Montréal, principalement à l’école Christophe-Colomb et à l’Orphelinat Saint-Arsène, et plus d’un quart de siècle dans la région de Champlain, dont 8 à Saint-Paulin.

   Il gardera toute sa vie la nostalgie de ces années d’enseignement, et cela, malgré l’appréhension qu’il éprouvait toujours à l’annonce de la visite de quelque inspecteur officiel. Et cependant, les rapports de ces inspecteurs lui furent toujours favorables. C’est qu’il mettait tout son cœur à la tâche : préparation, correction des devoirs, marche de la leçon étaient l’objet des soins les plus méticuleux. Par contre qui dira, comme il aimait à le redire, les « épouvantables » défis qu’il a eus à relever ! Éducateur dans l’âme, il cachait sous un air sévère, une bonté que d’aucuns savaient exploiter : « un vingt-cinq sous pour les missions suffisait pour réduire de soixante à quinze minutes le temps de retenue ».

   On lui confiait souvent des classes difficiles : redoublants, élèves à problèmes, plus âgés que la moyenne. Par sa patience et sa compréhension, il arrivait à gagner la confiance de ces grands qui l’appelaient « frère Jésus ». Devant un jeune auditoire comme avec ses intimes, il avait le secret de convaincre. Il aimait parler des « saints » qu’il avait coudoyés : prêtres, religieux, missionnaires, professeurs de renom, « sortis des franges de son enseignement de ses conversations, de son contact ».

   Il veillait au moins autant à la formation des jeunes. À Saint-Romuald, il fut invité par le Chanoine Henri-Philippe Audet, curé, à fonder un Praesidium de la Légion de Marie pour les jeunes de 14 ans et plus

   « En suivant avec une parfaite exactitude toutes les directions du Manuel de la Légion, la Très Sainte Vierge Marie transforma en quelques mois les cœurs de ces jeunes adolescents ardents et généreux. Sans aucun avis particulier, ces braves disciples de Marie prirent l’habitude d’assister fréquemment aux messes matinales, aux heures saintes, aux offices du mois du Rosaire, etc. Un grand esprit de paix, de dévouement, de fraternité et de fidélité les animait…»

   Un de ses confrères a pu écrire : « Essayer de comprendre le mystère de cet homme serait inutile. Je n’ai ni la sagesse qui le caractérise, ni le zèle de la Maison de Dieu qui le brûle, ni l’ascèse qui en fait un prophète! »

   Après un demi-siècle d’apostolat auprès de la jeunesse, il accepte sans la moindre hésitation d’aller aider à la pastorale paroissiale. Il s’y dévoue 5 ans à Malartic, 3 ans à la paroisse Notre-Dame de Noranda, voire même trois autres années dans la paroisse anglophone Blessed Sacrament de la même ville. En effet, une étude constante de l’anglais et de nombreux contacts lui avaient permis ce zèle, peu habituel chez les nôtres. Partout, il se fit estimer par son dévouement et admirer pour sa piété, son bienveillant accueil et son amour des pauvres. Heureux qui a pu l’entendre revivre ses années d’Apostolat en paroisse : « Gabriel s’anime en une conversation à sens unique. Le débit n’est jamais assez rapide pour lui permettre d’exprimer ce qu’il connaît, ce qu’il a vu , et ce qu’on lui a confié… sans qu’il pose de questions ! Sincères, ses accents ont de quoi secouer une âme en sieste. Le ministère auquel il est affecté a donné au septuagénaire avancé qu’est Gabriel un souffle nouveau. Et l’on sent que cette vitalité s’alimente à une piété naïve autant qu’audacieuse, très montfortaine d’inspiration.»

En 1988, son état de santé le contraint à la retraite. À Saint-Guillaume pendant sept ans, il édifie les jeunes du Collège et exerce une paisible, mais efficace apostolat auprès des paysans voisins qui ont grande confiance aux médecines naturelles qu’il leur recommande, mais surtout à ses conseils et à sa prière. Il passe les deux années suivantes au Cap-de-la-Madeleine, avant de se rendre à la fraternité Saint-Gabriel de Laval, puis, quelques mois plus tard, à l’Infirmerie sous le même toit.

  Bastien Jubilé2 Il s’y adonna à la prière, à la lecture et à l’écriture. Il note tous les jours les sentiments que lui inspirent ses méditations et ses souvenirs de naguère. Il se fait un plaisir de montrer à tous les amis qui viennent le visiter les cahiers qu’il a remplis. L’on est surpris et ravi de constater la profondeur de la réflexion et des sentiments que révèlent nombre de ses commentaires. Il y note ses réflexions personnelles sur de nombreux thèmes : la communauté, le sacerdoce à Saint-Gabriel, la Légion de Marie, la jeunesse : sa gloire et ses besoins d’assistance…

   Il avait d’ailleurs depuis ses premières années d’enseignement pris l’habitude de conserver toute la correspondance qu’il recevait de tous azimuts. Il a ainsi gardé des centaines de lettres en des dizaines de cahiers qu’il illustrait d’images. Il y ajouta plus tard ses éphémérides personnelles, voire quelques poèmes et acrostiches de sa propre composition, ainsi que des notes de lecture.

   Il se faisait un agréable devoir de prendre ses repas au réfectoire commun, afin d’y rencontrer ses confrères et de se tenir au courant de tous les événements concernant la vie à Saint-Gabriel, pour ensuite en faire part à ceux qui étaient plus isolés et qu’il visitait sans faute chaque jour.

   Ardent dévot à Marie depuis toujours, il aime marcher lentement pour réciter le rosaire, Il s’arrête souvent près de la fenêtre d’où il voit le tabernacle de l’oratoire pour prier Jésus-Eucharistie. Il se rend à la chapelle longtemps avant la sainte messe, et y prolonge ensuite son Action de grâce.

   « Gabriel était par-dessus tout un homme de foi. Il vivait sa foi au quotidien, dans ses engagements religieux bien sûr, mais aussi dans ses responsabilités professionnelles et communautaires comme dans ses conversations et tous ses gestes. Il a vécu cette foi avec enthousiasme, avec intransigeance même, en cherchant à reconnaître les dons que Dieu avait déposés en lui-même et dans les autres ».Il manifestait aussi sa foi dans les merveilles que le Seigneur avait opérées en Marie et les grâces qu’elle répandait tous les jours à travers le monde, entre autres, dans ses nombreuses apparitions. Il s’était abonné à de multiples revues qui rapportaient les visites de Marie aux quatre coins de l’univers, les relatait avec amour et prêtait volontiers ces récits à qui s’y intéressait. Gabriel aimait à relire «Le secret de Marie ». Pour répandre autour de lui ce merveilleux secret, il le résuma en un livret polycopié où, en termes simples à la portée de tous, il présentait par questions et réponses la doctrine de Montfort.

   Sa foi se faisait voir en particulier dans une vie de prière intense aux multiples manifestations, dans l’estime des sacrements et des sacramentaux dont il avait éprouvé la puissance vivificatrice, dans un zèle extraordinaire pour chercher à déposer la semence de la foi dans le cœur des gens qu’il rencontrait et aussi dans le regret de ne pas toujours voir les personnes de son entourage partager sa façon de voir, tout imprégnée de surnaturel. Cette foi tangible, sa communauté de la Maison Saint-Nicolas en a été le témoin privilégié dans les derniers mois de sa vie.« Il ne craignait pas la mort elle-même, il appréhendait seulement le temps de souffrance qui la précède – et les faits ont pleinement justifié ses appréhensions

  Bastien.1 Le Frère Gabriel avait hâte de mourir, mais pour vivre : rencontrer enfin Celui qu’il ne pouvait qu’entrevoir à travers les ombres de la foi. Il se savait aimé de Dieu, habité de l’Esprit qui fait de nous des fils et des héritiers de Dieu.

   Au cours des dernières semaines, et à plusieurs reprises, il doit quitter sa nouvelle résidence de la Maison Saint-Nicolas, pour se rendre à l’Hôpital Fleury. Des hémorragies internes minent ses dernières forces ; une douloureuse opération n’apporte aucune amélioration.

   Entourés des meilleurs soins professionnels et de l’attention affectueuse des siens, le Frère Gabriel quitte cette terre en toute sérénité, après avoir lutté contre la maladie jusqu’au bout de ses forces. En cela, il s’est montré, une fois de plus, un homme énergique, volontaire, mais aussi l’homme de foi qu’il avait été toute sa vie.

                                               Frère Adélard Faubert, f.s.g.

 

 

 

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