24. F. Roland Charron ( F. Léonius )

 

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Sainte-Thérèse-de-Blainville

Sainte-Thérèse-de-Blainville

Frère Roland Charron (Frère Léonius)

Né le 28 août 1923 à Sainte-Thérèse (Blainville) Québec

Première profession 02 août 1947

Décédé le 21 août 2007 à la Rés. De-La-Salle, Sainte-Dorothée, Laval

 Inhumé au cimetière «Les Jardins Urgel Bourgie» (Laval) Qc

J’ai toujours eu une certaine répulsion à lire des biographies constituées de faits bruts : des dates, des lieux, des événements…etc. Je préfère les portraits qui nous permettent de découvrir comme à travers des instantanés, l’âme et la richesse intérieure d’une personne. Je vous propose donc de feuilleter à la manière d’un album de photos ces quelques lignes sur un confrère qui est passé parmi nous en faisant le bien de façon discrète, à la manière de Celui qu’il avait pris comme idéal de sa vie.

Le cuisinier :

Charron.1Il est un chant fréquemment utilisé à l’occasion de nos liturgies eucharistiques qui résume bien non seulement l’idéal de vie de Roland, mais aussi son accomplissement au quotidien :

Comme Lui, Savoir dresser la table Comme Lui Nouer le tablier,

Se lever chaque jour Et servir par amour, Comme Lui (Robert Lebel)

Tous ceux qui ont partagé la vie communautaire avec Roland témoignent unanimement que l’esprit de service rayonnait de cet homme toujours levé tôt, car le métier de cuisinier l’exigeait. Préparer les repas pour une communauté et un groupe d’étudiants dans les juvénats sept jours par semaine exige convenons-en, de l’héroïcité au quotidien. Les vacances se réduisant souvent aux quelques jours de la retraite annuelle et de la visite de famille. Les jours de festivité, les préparatifs se multipliant, il se voyait relégué aux fourneaux alors que l’ensemble de la communauté bénéficiait de ses longues heures passées dans la préparation des mets.

Le jardinier

Les revenus limités des Frères exigeaient, à une certaine époque, d’entretenir un potager afin de pouvoir fournir la table en légumes frais. Tous ceux qui l’auront vu préparer la terre, semer, arroser, sarcler n’auront pas oublié les heures passées pour que soit productif au maximum le jardin communautaire. Homme toujours actif, il s’activera à la manière de l’abeille butineuse afin que même le coup d’œil ne soit pas négligé : les rangs devaient être alignés et dépourvus de toutes mauvaises herbes.

Les habitudes prises en temps de disette se poursuivront même lorsque les besoins ne l’exigeront plus. Dans la communauté de Shawinigan-Sud, fraternité regroupant seulement quelques Frères, alors qu’il était retraité et déjà âgé, il continuera à soigner un potager plus réduit, mais tout aussi rangé.

Cette activité l’amènera à contacter secrètement de jeunes recrues pour Saint-Gabriel. Un frère, actuellement missionnaire en Haïti, m’a confié qu’après la classe il aimait aller donner un coup de main à ce Frère discret qui peu à peu lui avait partagé l’idéal gabriéliste.

Le souci des vocations :

Charon.3Homme d’une grande piété, qu’il tenait sans doute pour une part de sa famille, il avait développé une préoccupation constante des vocations. Sa dévotion à la Vierge Marie qu’il avait enrichie au contact de la spiritualité montfortaine s’exprimait au quotidien dans la récitation du rosaire. Que de fois ne l’a-t-on pas surpris à la chapelle communautaire, dans l’obscurité, les bras en croix récitant la dernière dizaine pour demander des vocations. Sa ferveur ne s’est jamais démentie.

Très âgé, alors qu’il demeurait à la résidence Saint-Nicolas, il n’hésitera pas à interpeller sans respect humain des jeunes leur demandant spontanément s’ils ne seraient pas intéressés à partager un idéal de vie évangélique à Saint-Gabriel.

Son entrée à Saint-Gabriel

Arrivé au noviciat tardivement pour l’époque, il avait alors 22 ans, il est déjà un jeune homme mûr, déterminé, sérieux, sachant ce qu’il veut ; aussi son père à qui il avait exprimé son désir de se faire religieux à Saint-Gabriel lui avait-il répondu « tu es assez vieux de décider par toi-même ». Il gardera de son père, un menuisier hors pair, le souvenir d’un homme calme avec qui il était facile d’échanger, dont la qualité marquante était la piété, la franchise et la bonté. Marqué par une certaine timidité, il s’impliquera cependant dans la ligue du Sacré-Cœur, une association pour homme de prières et de témoignage chrétien.

Il affirmera que le désir de devenir religieux gabriéliste l’habitait dès l’âge de 13 ou 14 ans, et que ce désir constant lui habitait le cœur. Il hésitait, y pensant toujours, n’en parlant pas, voulant être sûr de l’appel. Lorsqu’il quitta la maison, il était déjà habité par un sentiment de bonheur et de contentement, avec le désir de s’engager toute la vie dans le service.

Charron.4Entré au noviciat, le 3 juin 1945, il fut accueilli par le Frère Benoit d’Aniane dont il suivait les conférences avec attention, ne vivant disait-il, que pour Dieu Seul. Cet idéal, sans doute le tenait-il en partie, de sa mère, une femme dévote de la Vierge Marie et de la bonne Sainte Anne dont le centre de la piété était l’Eucharistie. Femme affable, elle avait développé dans son entourage des relations d’amitié avec tous. Son sens de l’économie déteindra sur toute la vie de Roland qui ne donnera jamais dans la coquetterie usant parfois jusqu’à l’excès les éléments de son trousseau.

Ses études antérieures

Dès sa fréquentation de l’Académie Sainte-Thérèse tenue par les Frères dans la petite ville même de Sainte-Thérèse, il retiendra le climat de piété, de discipline et de justice envers les élèves des membres de la communauté. Les Frères Gérasime, Christophe-Marie, Ludger et Ernest Déry qu’il a connus resteront pour lui des modèles. Sportif moyen, il s’intéressera à la balle en été et au hockey en hiver et participera à la Croisade eucharistique et à la Jeunesse Étudiante Catholique, mouvement d’animation scolaire de l’époque. Il y terminera sa huitième année scolaire, apprenant, chose exceptionnelle pour l’époque, la dactylographie, il fera profiter de cette aptitude la communauté, assurant plus tard le courrier des amicales, les lettres d’un confrère aveugle, etc.

Ses principales responsabilités

Charron.6.Sa carrière de cuisinier à laquelle il fut initié au scolasticat pendant quelques mois (1947) tout en poursuivant une courte formation académique, le conduira à œuvrer d’abord à la Maison provinciale à Montréal où des confrères plus expérimentés lui partageront les secrets du métier pendant quelques semaines puis à Saint-Romuald (1947-1954) où il séjournera pendant sept ans. La séparation de la Province canadienne en deux entités : province de Montréal et province de Champlain le conduira à opter pour demeurer, malgré ses origines de banlieusard de Montréal, dans la nouvelle province. Il sera alors appelé à assumer la responsabilité de la cuisine de la Maison provinciale jointe au Juvénat Notre-Dame du Rosaire de 1954-1960. Une  année ensuite, il se joindra à la communauté de Thetford-Mines avant d’aller œuvrer à petit Juvénat de Saint-Guillaume d’Upton (1961-1963). Il se retrouvera ensuite à Shawinigan-Sud pour l’année scolaire 1963-1964 , profitant ensuite pendant quelques mois d’un passage au Second noviciat à Rome. Il y reviendra pour une autre année. C’est ensuite à Champlain (1966-1975) qu’il se dévouera.

Puis ce sera le passage de la cuisine institutionnelle à la responsabilité plus familiale, à la résidence pour les frères malades du 80 Notre-Dame, au Cap-de-la-Madeleine (1975-1990) où il agira, pendant quelques années, en tant que responsable de la communauté. Il est facile d’imaginer les trésors de dévouement qu’il sera appelé à déployer pour rendre service à l’un ou à l’autre de ses confrères en convalescence ou éprouvé par la maladie. Homme sans cesse actif, il assumera la bonne tenue de la propriété qui jouxtait le fleuve Saint-Laurent.  La proximité  de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire du Cap-de-la-Madeleine où il peut se rendre à pied lui permettra d’exprimer sa piété mariale par de fréquents pèlerinages. Il lira quotidiennement le journal au Frère Lucien Carpentier aveugle et l’accompagnera dans tous ses déplacements.

Charron.6..Il se joindra ensuite à la communauté Montfort de Shawinigan-Sud (1990-2002)  en ayant la responsabilité de l’entretien de la propriété acquise à Sainte-Geneviève-de-Batiscan où se trouve le chalet de la province. Il gardera l’Habitude d’avoir un petit potager tout en soignant les alentours de la résidence, pourvoyant les plates-bandes de fleurs, assurant l’entretien des pelouses et l’ingéniant à assurer les réparations inhérentes à toute bâtisse.

Voilà que sa santé peu à peu se détériore. Il est affligé d’une surdité de plus en plus profonde, séquelle d’un diabète mal contrôlé, aussi lorsqu’on décide de vendre la propriété de Shawinigan-Sud, il rejoint la Maison Saint-Nicolas à Montréal (2000-2006) où lui seront assurés les soins nécessaires.

Puis il rejoindra la Résidence De-La-Salle, à Laval, en banlieue de Montréal suite à une entente avec les Frères des Écoles chrétiennes qui disposent d’une infirmerie capable d’intégrer nos frères malades. Il y demeurera jusqu’à sa mort.

Quelques témoignages de confrères :

Charron.5La simplicité et la discrétion de ce frère n’ont échappé à personne et les témoignages en portent les traces. Un confrère s’exprimait en ces termes : « Roland était un homme de fidélité dans la prière et dans tout ce qu’il entreprenait. Malgré les échecs et le  « non-savoir », il a su très bien tirer son épingle du jeu soit dans la cuisine, soit comme responsable de la maison des malades, ou comme homme d’entretien de la maison. Son obéissance lui faisait réussir ce qu’il aurait été incapable de faire naturellement. J’ai beaucoup apprécié sa correspondance durant mes deux stages vécus en Afrique : aux deux mois, il m’envoyait une lettre relatant une foule de petits événements qui se passaient ici au Canada et que les missionnaires ignoraient. C’était souvent du coq-à-l’âne, mais c’était très apprécié de moi et des confrères avec qui je partageais les nouvelles. Son goût du jeu de hasard (billets de loterie) n’était pas un péché, mais une source de « faire-plaisir » ; il aimait ramasser les bouteilles vides, les canettes et tout ce qui pouvait rapporter quelques sous au recyclage. Quand il gagnait à la loterie, souvent il en faisait profiter les missionnaires ; ici, je confesse que j’ai eu la joie de recevoir quelques dons de lui pour les missions .Son silence face aux difficultés, aux indifférences et aux moqueries m’a démontré qu’il existait chez lui une grandeur d’âme exemplaire. C’est dans un esprit d’enfance évangélique qu’il s’abandonnait au Seigneur. En conclusion, je dois reconnaître que j’ai vécu avec Roland et je crois que je n’ai pas su apprécier cette pureté d’ange qu’il avait et qu’il vivait humblement. »

Un autre confrère plus jeune avec lequel il venait jouer au billard lorsqu’il était au noviciat ajoute ceci : « Les souvenirs qui me reviennent lorsque je pense à lui sont ceux d’un homme patient au service des malades et plus particulièrement auprès du Frère Lucien Carpentier. Même s’il avait droit à la retraite comme les autres, il a continué de  s’occuper de la cuisine les fins de semaine. Je le revois ratisser les feuilles au chalet des Frères à Sainte-Geneviève et à veiller avec soin à la bonne marche de ce lieu de repos. Enfin à mes yeux, c’était un homme sympathique, souriant, priant et dévoué à la communauté. J’en conserve un bon souvenir.

Enfin un dernier reconnaît  en lui « un homme pauvre de cœur, jamais préoccupé de se mettre en valeur, toujours soucieux d’être au service dans l’effacement et la discrétion..» Fut-il signalé sa préoccupation de ne rien dépenser inutilement et de récupérer tout ce qui pouvait l’être au plan vestimentaire ou à celui des instruments. Jamais exigeant, il se contentera toujours du strict nécessaire, les comptes rendus de son budget en témoignent largement. Soucieux de ne jamais perdre son temps, il était toujours occupé discernant ce qu’il fallait faire avant même qu’on lui en fît la demande. Très liant avec les gens, il allait au-devant d’eux s’intéressant à eux et développant avec l’entourage des rapports harmonieux. »

En conclusion, il nous faut le reconnaître, en ce petit homme discret, Dieu a déployé sa puissance et il a su grandir dans l’amour produisant des fruits en abondance. Il fut un homme de service envers tous et chacun. Nul doute que son Seigneur a reconnu comme fait à lui-même toutes les attentions qu’il a su avoir principalement envers les plus pauvres et les plus souffrants. En lui, nous avons vu se réaliser cette recommandation de Paul dans la lettre aux Philippiens : « Ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais plutôt des autres. » (Phi 2, 2b-4)

Frère Gilles Lindsay,    Frère-prêtre

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