13. F. Marcel Beauclair ( F. Louis-Damien )

Beauclair_Marcel

6-juin-2013-12-2

Frère Marcel Beauclair (Frère Louis-Damien)

Né le 01 août 1916 à Saint-Paulin, Québec

Première profession 2 février 1933

Décédé le 25 octobre 2003 à la Maison Saint-Nicolas (Ahuntsic) Montréal

Inhumé au cimetière «Les Jardins Urgel Bourgie» (Laval) Québec.

St-paulin

Saint-Paulin

    Aussi discrètement qu’il avait vécu, en faisant le bien, notre Frère Marcel Beauclair nous a quittés, le 23 octobre 2003, à notre Maison Saint-Nicolas de Montréal.

Cinquième enfant d’une famille de sept filles et cinq garçons, il était né à Saint-Paulin, le 1er août 1916, de Philippe Beauclair, cultivateur, et d’Emma Lesage. Le souvenir qu’il gardait de son père : « un homme très serviable, de caractère souple et compréhensif, ayant un grand respect pour tout ce qui concerne le clergé et la religion.» Il aurait été guéri miraculeusement, grâce à l’intercession des Saints-Martyrs-Canadiens. Sa mère, tertiaire de Saint-François, «savait communiquer sa grande dévotion à la Sainte Vierge et à la bonne Sainte Anne».

Il fit ses premières classes à l’école du rang dirigée par une maîtresse très compétente qui faisait travailler ferme et prier dévotement. À quatorze ans, il manifeste le désir d’imiter son Frère Arthur, de cinq ans son aîné, qui est Frère de Saint-Gabriel. Sa mère le trouve bien jeune ; d’ailleurs, lui-même s’ennuiera de sa famille pendant quelque temps ; mais l’atmosphère de joie, d’entrain et de piété qui règne parmi les juvénistes de Saint-Bruno a finalement raison de son chagrin. Il avait tout quitté : son petit village et sa famille qu’il adorait, pour s’en aller loin et ne revenir que très rarement. Ce fut pénible, mais pas au point d’être un obstacle insurmontable. Il quittait une petite famille pour en trouver une grande. Et cette nouvelle famille, il l’aimera de tout son cœur, sans préjudice pour sa famille naturelle, bien sûr.

M.Beauclair.4C’est dans cette nouvelle famille qu’il apprit à devenir religieux, à suivre les pas de Montfort et à aimer davantage la Très Sainte Vierge Marie. C’est dans cette famille qu’il apprit à suivre Jésus et à l’aimer plus que tout. C’est de Lui qu’il apprit toutes ces vertus que nous avons admirées en lui.

Marcel franchit allègrement les années qui le préparent à la vie religieuse. À quinze ans, il entre au Postulat.  Avant qu’il ne soit admis au Noviciat, les règles canoniques de l’époque exigent que le Maître des novices, le Frère Benoit d’Aniane, sollicite auprès du diocèse d’où vient le nouveau sujet, les lettres testimoniales. Elles ne tardent pas à venir. Par mandat de Mgr François-Xavier Cloutier, évêque  de Trois-Rivières, le chancelier diocésain assure que « Joseph Marcel Beauclair a vécu en toute honnêteté, et qu’il n’existe aucune censure ecclésiastique ou autre empêchement canonique de quelque nature que ce soit, selon le canon 545 du Code, qui puisse interdire au requérant d’être admis au Noviciat de l’Institut des Frères de Saint-Gabriel.» Le 2 février 1932, en la fête de la Présentation de Jésus au Temple, Marcel commence son noviciat. Un an plus tard, il prend ses premiers engagements en faisant profession temporaire. Six ans plus tard, il prononce ses vœux perpétuels. Il a déjà passé deux années au scolasticat pour s’initier directement à l’enseignement.

Pendant les 13 années qui suivent, Marcel est professeur au scolasticat qu’il vient de quitter. Il enseigne les diverses matières qu’on lui confie, mais il s’intéresse particulièrement à l’histoire et aux mathématiques. Il savait fort bien se préparer pour ces disciplines. Ses études personnelles lui permirent d’acquérir les diplômes de base : bac ès arts, Brevet d’enseignement moderne, Brevet supérieur, Diplôme et Licence en Pédagogie et Diplôme d’Orientation scolaire. Il y ajoutera le cours des instructeurs de cadets de l’armée et le Brevet de capacité en culture physique.

Ce jeune professeur, mesurant à peine 1,60 m, était d’une nature plutôt timide, avec sa silhouette frêle et ses yeux bleus malins. Il était cependant toujours prêt à répondre aux questions des jeunes étudiants. Tous se souviendront de lui avec plaisir, ou plutôt avec une profonde affection. Longtemps après leur départ, ils parleront de ce professeur d’histoire qui revivait devant eux, avec un art consommé, les différentes étapes du passé. Il suffit de feuilleter les nombreuses pages de la préparation de classe que Marcel a laissées pour s’en convaincre. Il y note, de façon claire et systématique, les points essentiels sur lesquels insister pour intéresser les étudiants et leur faciliter la mémorisation.

M.Beauclair2Bientôt, on lui confiera aussi l’enseignement des mathématiques. Ses élèves  rappelleront le professeur toujours disposé à répéter la démonstration d’un théorème de géométrie. Ils n’oublieront pas non plus de signaler la sympathie, l’affabilité, la piété du jeune professeur avec qui il faisait bon vivre en classe et à la récréation, tout autant que dans les travaux de la maison qu’il dirigeait en y participant lui-même.

Parmi les établissements où il est passé, celui où il a le plus excellé est sans aucun doute l’École normale, le Scolasticat. Les générations de jeunes religieux qui se sont succédé dans sa classe ont apprécié son érudition, sa bonhomie et la simplicité avec laquelle il savait présenter ses leçons.

Plus tard, on lui confie l’économat de la Maison des étudiants. Il s’en acquitte avec sollicitude et voit à ce que chacun soit pourvu du nécessaire pour bien profiter des cours. De 1935 à 1961, toute la jeunesse gabriéliste a pu profiter de ses cours et être témoin de sa bonté, de sa piété et de ses qualités de pédagogue, voire de directeur. En effet, pendant 2 ans, il fut Directeur à Saint-Lin et un an à Ville-Marie. Le changement était de taille, puisque jusqu’alors, il n’avait eu de contact qu’avec des étudiants religieux et aucun rapport avec les autorités scolaires, les élèves et leurs parents. Marcel a tôt fait de s’y adapter et de conduire sa classe et son école avec sagesse et douceur. Un an après son retour au scolasticat, il se rend à Boechout (Belgique) pour le renouvellement spirituel du Second noviciat. Sous la direction du Frère  Rembert-Marie et du Père jésuite, aumônier de la maison. Il y coule de précieuses semaines de réflexion et de prière. Le carnet de notes qu’il en a gardé manifeste la profondeur de ses convictions religieuses et l’intimité de ses rapports avec le Seigneur et sa sainte Mère. À son retour, il sera successivement assistant-directeur, économe, puis de nouveau directeur. Il n’aspire qu’à se rendre utile à ses confrères, pour la gloire de Dieu, partout où l’obéissance l’invitera à se rendre.     M.Beauclair1_modifié-1C’est sans doute à cause de son enthousiasme et du professionnalisme dont il faisait preuve que quelqu’un put écrire de lui, dans une publication locale : « La science a une dette envers le Frère Marcel Beauclair. En effet, si ce Frère de Saint-Gabriel n’avait pas su communiquer sa passion pour la science, alors qu’il enseignait à Ville-Marie, Jean Paquette, aujourd’hui chef d’un groupe de technologues, ne serait peut-être jamais devenu chercheur.» Jean Paquette ne l’a jamais oublié. Chaque fois qu’il visite ses parents au Témiscamingue, et savoure le calme et la beauté de cette grande région, il évoque le nom de l’enseignant dont le souvenir l’a stimulé au long de sa carrière. D’où venait l’enthousiasme de ce discret pédagogue? Lui seul pourrait le dire. Une chose est sûre : il était aussi un fin psychologue.

PoissonsMarcel était aimé de tous ceux qui vivaient autour de lui : élèves, parents et confrères. Toujours, il veillait à passer inaperçu. Timide avec des inconnus, il était exubérant et chaleureux avec ses intimes. Il entretenait une correspondance suivie avec ceux qu’il connaissait bien : parents, confrères, autorités religieuses de la communauté. Malgré son travail constant, il désirait consacrer ses loisirs à rédiger de brèves bioragraphies de ses confrères défunts; il avait entamé des démarches dans ce sens auprès des supérieurs, mais le temps ne lui permit pas de réaliser cette ambition fraternelle.

On lui  demande aussi d’enseigner le catéchisme. En professeur consciencieux, le Frère Marcel consacre plusieurs vacances d’été aux études catéchétiques à l’Université. Il profitera de cet enseignement pour présenter aux jeunes une doctrine à leur portée. C’est pendant ces années qu’il rêva, s’il plaisait à Dieu, de devenir prêtre, pour accomplir un nouveau ministère auprès des jeunes. Mais le Seigneur se contenta de ses bons désirs.

Malgré sa modestie, toutes ces années de dévouement ne pouvaient passer inaperçues. Excellent professeur et grand éducateur à travers son enseignement, il se vit décerner, le 24 mai 1967, le ruban et la médaille de l’Ordre du Mérite scolaire du Ministère de l’Éducation du Québec.

Après 46 ans de dévouement dans le domaine de l’éducation, le Frère Marcel prend sa retraite à notre Fraternité de Beaubois, à Pierrefonds. Il se préoccupe de rendre service à chacun ; travaux ménagers, imprimerie, jardinage et entretien des alentours occupent un grande partie de ses journées. Il est partout où il se sent utile et il lui reste encore bon nombre d’heures qu’il consacre à la lecture et à la prière.

Voici la liste des endroits qui l’ont vu œuvrer, se sanctifier, édifier ses compagnons : le Sault-au-Récollet : 23 ans ; Saint-Lin : 2 ans ; Ville-Marie : 21 ans ; Pierrefonds ; 17 ans et les diverses maisons de retraite ou de repos de Saint-Arsène, Val-des-Rapides et Saint-Nicolas : 5 ans.

M.Beauclair&MG.Desjardins

Frère Marcel Beauclair et Gérard Desjardins

Ce gabriéliste humble et effacé a exercé son apostolat dans l’enseignement et la vie communautaire, par l’exemple et le dévouement. Sobre et réservé, il prêchait surtout par sa vie. Cependant, quand il en était prié, sans hésiter et très clairement il exposait ses idées sur la vie religieuse telle qu’il la concevait et la vivait : une existence toute de fidélité à la règle qu’il avait acceptée en totale liberté et de conformité à l’enseignement de l’Église et des supérieurs.

En 1996, en prévision de la fermeture du Manoir Beaubois, Marcel vient se joindre à lq Fraternité Saint-Arsène. Il y vit paisible et heureux, semant la joie dans cette tranquille demeure de retraités. Lecture, prière, rencontres fraternelles se partagent son temps. Une malencontreuse chute sur la chaussée glacée le contraint à quelques jours de repos à l’Infirmerie Val-des-Rapides ; puis il revient à fraternité Saint-Arsène. Mais quelques mois plus tard, on juge qu’il sera plus en sécurité à l’Infirmerie. Le 1er août 2001, il fait partie du groupe des premiers occupants de la nouvelle Maison Saint-Nicolas.

Empruntons à l’homélie prononcée à ses funérailles par le Frère Georges-Émile Bolduc, qui l’a bien connu et hautement apprécié, les mots qui nous décrivent les dernières années de sa vie. « Marcel passera les deux dernières années de sa vie dans la prière et les petites joies de la vie fraternelle, nous accueillant toujours avec son bon sourire et ne manquant jamais de remercier pour le moindre service reçu. Il devait sans doute trouver le temps bien long sur sa chaise, dans l’attente du bon vouloir divin. Mais c’est de cette admirable patience qu’il avait fait preuve tout au long de sa vie. Y eut-il parmi les gens que nous avons connus une personne plus douce, plus aimante, plus sereine, plus discrète et plus silencieuse? Ne nous a-t-il pas toujours présenté le visage d’un religieux épanoui, heureux, toujours joyeux, capable de petites réparties sans malice ? il glissait à l’occasion des mots pleins de finesse qui égayaient nos rencontres communautaires.

M.Beaucl.carteIl était sûrement de ces personnes qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu  et qui savent s’effacer au bon moment, parque qu’elles sont guidées par une charité toute faire de délicatesse. Sa vie spirituelle fut assurément intense, bien que discrète; son seul contact suffisait à nous en persuader. Quand nous rencontrons un homme de Dieu, ce qui nous frappe d’abord, c’est cette transparence qui nous permet de détecter en lui une présence du divin qui inspire le respect et qui donne envie de prier Dieu en l’appelant :« Abba! » Et pourquoi ? Parce que son attitude nous rappelle que nous sommes tous enfants de Dieu et que l’amour seul doit être notre raison de vivre. Que fut sa vie ? Une vie ordinaire aux yeux de tous. Cependant, partout où il a passé, il a laissé sa marque, une marque sans grand éclat, mais durable.

Et quand ses forces furent épuisées, c’est sans bruit que notre confrère nous a précédés vers la Maison du Père, pour y recevoir la récompense promise par Jésus lorsqu’il a dit : « Vraiment, quiconque aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père ou une terre recevra, en ce temps déjà, la centuple, avec des persécutions et, dans le monde à venir, la vie éternelle. » Aujourd’hui, notre confrère nous regarde de là-haut, probablement avec son petit sourire malicieux et il nous dit : « Surtout, ne m’imitez pas ; soyez vous-mêmes ; car le chemin par lequel vous passez est différent du mien ; mais il est aussi beau !»

Frère Adélard Faubert, f.s.g..

Marcel Beauclair, 2 oct.2001

 

 

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