12. F. François Tessier ( F. Adolphe )

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Frère François Tessier (frère Adolphe)

Né le 4 mai 1915 à Nédelec (Témiscamingue) Québec

Première profession le 02 février 1932

Décédé le 25 mars 2003 à la Maison Saint-Nicolas (Ahuntsic) Montréal

Inhumé au cimetière «Les Jardins Urgel Bourgie» (Laval) Québec.

Frère François Tessier,

NédelecLe 4 mai 1915, dans le modeste village de Nédelec, un poupon faisait son entrée dans notre monde. Quatre jours plus tard, il recevait le baptême, des mains du curé de la paroisse locale dédié à Saint-Louis-de-France, et on lui donnait le nom de Joseph Fernand François. Il était le fils d’Adélard Tessier, cultivateur, conseiller municipal et président de la Commission scolaire, et D’Exilda Bacon,  qui devaient décéder en 1956 et 1974. Il grandit comme tous les autres jeunes de son village, allant à l’école pendant l’année scolaire et aidant ses parents aux travaux de la ferme durant les vacances, ainsi que pendant ses temps libres. Chaque soir, après le souper, la famille s’agenouillait devant une image de la Sainte Famille pour la récitation du chapelet. Suivait la prière du soir, à laquelle la maman ajoutait un Pater et un Ave afin que le Seigneur vienne choisir dans la famille, un enfant qui lui serait entièrement consacré.

Il n’y a pas de gabriéliste à Nédelec. Qu’importe! Quand on compte quatre religieux dans la parenté : deux oncles, les Frères Paul-de-la-Croix, homme  de grande foi et profondément religieux, et Casimir, et deux cousins : les Frères Marcel et Bernardin, à Saint-Gabriel, en plus de cinq religieuses, Dieu semble sourire aux prières ou au désir des parents. L’un de ses oncles, qu’il n’avait même pas encore vu, avait su pressentir et encourager l’idéal qu’entrevoyait le jeune élève.

Juvénat St-Gabriel, Saint-Bruno

Juvénat St-Gabriel, Saint-Bruno

C’est ainsi qu’à treize ans, François décide d’entrer au Juvénat des Frères de Saint-Gabriel à Saint-Bruno, à 800 kilomètres de Nédelec. Il n’avait jamais quitté le toit paternel, où la famille était étroitement unie. Aussi, la séparation fut bien pénible. Cependant il finit par s’habituer à ce nouveau milieu. Deux ans après, en juillet 1930, il passe au Postulat et au Noviciat du Sault-au-Récollet de Montréal. Il y connaît des jours heureux et formateurs et prononce ses premiers vœux à Montréal, le 2 février 1932. Il les rendra définitifs six ans plus tard, à Singapour. Deux années d’études à l’École Normale où il acquiert les diplômes élémentaire et supérieur d’éducation, puis deux autres années à Oaklands (Londres, Angleterre) le préparent pour la mission de Singapour.

François avait lu plusieurs livres sur la vie et le travail de missionnaires remarquables qui avaient quitté leur patrie pour se consacrer à l’évangélisation des païens dans les pays lointains. Leur générosité avait suscité son admiration, et il soupirait après le jour où il pourrait les imiter. Précisément en 1934, le Conseil Provincial canadien étudiait la question d’envoyer des jeunes Frères comme missionnaires en Extrême-Orient. On invita les volontaires à proposer leur nom pour considération. À sa grande surprise, François, qui s’était empressé de signer, se trouva parmi les trois jeunes dont les noms avaient été choisis. Il fut donc envoyé à Londres avec deux confrères pour se familiariser avec la langue anglaise.

TessierFrs.5Au début de décembre 1936, François et son compagnon, le Frère Jean-de-Brébeuf, naviguaient vers Singapour, à bord du paquebot français « Explorateur Grandidier » et le 29 décembre ils posaient le pied dans l’île de Singapour. Comme ils s’y attendaient, leur première résidence était des plus modeste : un dortoir comportant six cellules fermées par des rideaux, une salle commune munie d’une grande table où chacun déposait ses articles de travail, ses livres de lecture et de prière, ses cahiers.

Explorateur GrandidierFrançois fut envoyé à l’école Holy Innocents High School, devenue aujourd’hui Montfort School. Dès la semaine suivante, l’année scolaire débutait. François fut présenté à ses élèves de cinquième année. Ils étaient vêtus d’une sorte de pyjama, avaient les pieds nus et lui paraissaient tellement semblables qu’il fallut quelque temps pour les distinguer. En peu de temps toutefois, ces élèves, qu’il admirait pour leur simplicité et leur franchise, gagnèrent son affection.  François trouvait le climat du lieu pénible à supporter, à cause de la chaleur et de l’humidité, mais il acceptait cette épreuve pour la conversion de ceux dont  il avait la responsabilité. Il eut le bonheur d’en voir un certain nombre devenir catholiques.

Il enseignait à Singapour depuis cinq ans lorsque survint la grande épreuve de sa vie. Le 8 décembre 1941, Singapour était la cible d’une attaque sournoise des forces japonaises. Deux mois plus tard, après avoir été l’objectif de bombes, d’obus et de balles, Singapour dut  se rendre aux mains des envahisseurs nippons. S’ensuivit la rude et longue période de l’emprisonnement. François fut  alors incarcéré à la prison de Changi, puis au Camp de concentration de Adam Road, à Singapour même. Il y fut relégué pendant trois ans, de 1942 à 1945, dans l’ignorance totale de ce qui se vivait en dehors, nourri trois fois par jour d’un bol de riz bouilli, entassé avec 3500 autres captifs dans une prison faite pour 600 détenus, et astreint à des travaux forcés, alourdis d’insultes, de coups d’humiliations sans trêve.

Tessier Frs.4Les souvenirs du temps de Guerre ne purent jamais s’effacer de son esprit. Il préférait n’en pas parler, et quand il en parlait, on pouvait percevoir les profondes blessures intimes que la guerre avait causées dans son cœur et dans sa mémoire. En plusieurs occasions il faillit mourir quand des soldats,  ivres et irresponsables, le battaient et menaçaient sa vie. Combien ce fut un jour de gloire quand arriva la délivrance, le vrai jour ! En sortant du camp de ce barbare emprisonnement, il murmura « Seigneur, pardonnez-leur »!

Quiconque a connu François sait avec quelle foi, quelle générosité, quel pardon des injures, il a dû tout supporter. Pour s’en persuader, il n’y a qu’à lire le récit de ces terribles jours, rédigé par François lui-même. Il en supportera les séquelles sa vie durant : triple opérations à la colonne vertébrale, et fréquentes hospitalisations pour crises d’angine et problèmes cardiaques.

Aussitôt la guerre terminée, le Frère François et son compagnon de geôle, le Frère Vincent, allèrent au Canada, pour récupérer et pour oublier les horreurs qu’ils avaient endurées. À sa libération, en 1945, François, épuisé par la souffrance et les privations, est ainsi rapatrié auprès des siens. Cependant, à peine trois mois de repos sont-ils écoulés que le voilà déjà enseignant à Saint-Tite.

Mais, malgré les années de souffrances, François aspirait revoir Singapour, la terre de Mission où il avait choisi de vivre et de donner sa vie. Le Sud-est asiatique l’attirait toujours. Il y retournera pour 28 ans! Il revint donc enseigner à Holy Innocents et aider l’Église dans ses divers ministères.

Tessier Frs1En 1954, il est muté à Boys’ Town pour y devenir Principal de Boys’ Town English School. Un peu plus tard, il est nommé Maître des juvénistes, pour former les jeunes désireux de devenir des Frères de Saint-Gabriel de sa trempe. Il reste à ce poste jusqu’à la fin de 1958. En 1961, il est transféré à St. Joseph School à Johor Bahru, en Malaisie, puis à St. Thomas School à Kuantan de 1965 à 1973.Il prend également, pendant cette période, un repos bien mérité au Canada. À son retour en Malaisie, il revient à Kuantan où il était grandement aimé et apprécié.

Il retourne au Canada en 1973, pour se préparer au sacerdoce comme Frère-prêtre, selon les Constitutions des Frères de Saint-Gabriel. Il suit des cours à l’Université Saint-Paul d’Ottawa et obtient le diplôme de théologie. Il eut auparavant, l’heureuse idée d’écrire au Pape Paul VI pour lui demander sa bénédiction et ses prières pour le sacerdoce qu’il entrevoyait, afin que,  « ayant atteint l’âge de la retraite de l’enseignement en Asie, il puisse encore rendre service ». À peine douze jours plus tard, le Souverain Pontife, avec une paternelle délicatesse, lui répondit dans un encourageant message accompagné de 10 chapelets bénits par lui-même, et destinés aux membres de sa famille, spécialement pour sa maman, malade.

Son grand bonheur fut de voir sa mère présente à son ordination, le 3 juin 1974, en la fête de la Pentecôte, dans la petite église de Nédelec, devant sa parenté venue de près et de loin, et remplissant l’église pour cette belle cérémonie présidée par Mgr Hamelin, évêque de Rouyn-Noranda.

Avant de retourner dans sa mission asiatique, il passe quelques mois à l’Université de Manille, aux Philippines, pour y suivre un cours de pastorale pratique au East  Asian pastoral Institute. Il se dévouera pendant les douze années suivantes comme aumônier au Boys’ Town de Singapour.

Mais sa santé, qui ne s’est jamais beaucoup améliorée depuis ses années de captivité, le contraint à rentrer définitivement au Canada. Cependant, il n’entend aucunement profiter d’une retraite à laquelle on lui conseille de se résigner. Il choisit de desservir, avec un zèle dévoué, délicat et empressé, la paroisse de Belle-Vallée, à 700 km de Montréal. Le 25 octobre 1996, nous le trouvons à la paroisse de New Liskeard où il assiste assidûment les malades.

Tessier Frs.2Ses anciens élèves du sud-est d’Asie lui étaient restés très reconnaissants. À deux reprises, à l’occasion de jubilés, ils l’invitèrent, à leurs frais, à revenir célébrer les anniversaires qui évoquaient les beaux jours de leur jeunesse, sous l’égide de leur bienveillant  mentor de jadis.

C’est que, à titre de professeur Principal, de Directeur et de mentor, beaucoup se souvenaient de lui comme d’un homme plein d’amour et de sollicitude, qui savait écouter, conseiller, qui avait le sens de l’humour, et surtout comme d’un sincère et total Frère de Saint-Gabriel. Lorsqu’il dut quitter définitivement  Singapour, il était profondément peiné. Il n’avait réellement pas le choix : sa santé ne lui permettait pas d’y demeurer plus longtemps.

En dépit de l’éloignement pendant de nombreuses années, François était resté fortement attaché aux membres de sa famille. À l’occasion, il assistait à leurs fêtes et se faisait un agréable devoir de célébrer les mariages, les baptêmes et les anniversaires de naissance, ainsi que les funérailles de ses proches et amis. D’autre part, le décès de ses confrères l’affectait  beaucoup : il les aimait tous grandement et en donnait de fréquentes preuves.

Mais, François ne put résister indéfiniment à tous les maux dont il gardait les traces. Après trois ans de dévouement, il dut être ramené d’urgence à Montréal. Un bref séjour à l’hôpital, où il fera de fréquentes visites, et il vint se joindre à ses confrères à Val-des-Rapides, puis à Saint-Nicolas. Il y reçut un très grand nombre de lettres de ses anciens paroissiens et ne put s’empêcher de répondre longuement à chacune d’elles.

En certaines périodes, des malaises de toute nature se succédaient ; puis venaient des jours ensoleillés. Malgré tout, il gardait un bon sourire et acceptait généreusement la volonté de Dieu. La porte de sa chambre était ouverte à tous les visiteurs. Quand le mal ne le tenaillait pas, on pouvait le voir lire, prier, participer aux offices liturgiques et communautaires, ou se joindre à ses confrères pour les repas ou les réunions. C’est avec une admirable sérénité qu’il attendait le jour et l’heure du suprême rendez-vous qui se fit le 25 mars 2003.

Un ancien Supérieur provincial de Singapour note : « Le Frère François a exercé une formidable et durable influence sur tous ceux qui l’ont connu. C’était un confrère avec lequel il faisait bon vivre. Il était tout à fait un homme de prière et de sacrifice. Son amour pour les élèves, ses confrères, sa communauté était authentique et très marqué.»

Et, au lendemain de son décès, le Supérieur provincial de Malaisie-Singapour écrivait : « François a profondément marqué notre Province, et les nombreux Frères qui le connaissent, gardent de lui un affectueux souvenir à cause de son comportement aimable et doux. Bien que nous ayons prévu sa perte,  cependant, son départ en 1987 a creusé un grand vide parmi nous. Il a tellement fait partie de notre Province et a été l’un des pionniers de la mission à Serangoon, Singapour. Nous pouvons sentir sa présence parmi nous et plus encore maintenant dans un sens spirituel. »

Frère Adélard Faubert, f.s.g.

Frère François Tessier

Lors des fêtes organisées par la paroisse de Ville-Marie en l’honneur du Frère Arthur Bergeron qui était proclamé le citoyen de l’année 1978, et qui fêtait 50 ans de vie religieuse. De gauche à droite : 1er rang : FF. 1. Jacques Blais, 2. Arthur Miron, 3. Marcel Raymond, 4. Rosaire Halley, 5. Georges-Émile Bolduc, 6. Germain Lacoursière 2e rang : FF. 1. Alexandre Leclerc , 2. Gérard Deshaies, 3. Théodule Legault 3e rang : FF. 1. Jean Martel 2. Charlemagne Dion, 3. Alexandre Landry, 4. Robert Desrosiers 4e rang : FF. 1 ? , 2.Édouard Rivest, 3. François Tessier, 4. Albert Daudelin 5e rang : FF. 1. André Forget, 2.Alphonse Perras, 3. Roger Gagnon, 4. Jacques Vézina, 5. Rodolphe Proulx, 6. M. Fortin, 7. Jean-Louis Bolduc.

Lors des fêtes organisées par la paroisse de Ville-Marie en l’honneur du Frère Arthur Bergeron qui était proclamé le citoyen de l’année 1978, et qui fêtait 50 ans de vie religieuse.
De gauche à droite : 1er rang : F.F. 1. Jacques Blais, 2. Arthur Miron, 3. Marcel Raymond,
4. Rosaire Halley, 5. Georges-Émile Bolduc, 6. Germain Lacoursière
2e rang : F.F. 1. Alexandre Leclerc , 2. Gérard Deshaies, 3. Théodule Legault
3e rang : F.F. 1. Jean Martel 2. Charlemagne Dion, 3. Alexandre Landry, 4. Robert Desrosiers
4e rang : F.F. 1 ? , 2. Édouard Rivest, 3. François Tessier, 4. Albert Daudelin
5e rang : F.F. 1. André Forget, 2. Alphonse Perras, 3. Roger Gagnon, 4. Jacques Vézina, 5. Rodolphe Proulx, 6. M. Fortin, 7. Jean-Louis Bolduc.

Photo réalisée dans la revue «La flamme» en 1950 sur stencil avec stylet à molette. O.B.

Photo réalisée dans la revue «La flamme» en 1950 sur stencil avec stylet à molette. O.B.

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